Le noir et la matière : Monochromes coréens
Exposition au Musée Cernuschi
Présentée au Musée Cernuschi, l’exposition « Le noir et la matière : Monochromes coréens » s’inscrit dans la continuité des actions menées par le musée pour valoriser l’art coréen et sa diversité. Cet accrochage est consacré à la présentation d’acquisitions récentes, réunissant les œuvres de quatre artistes coréens actifs en France : Yoon Hee, Lee Bae, Lee Jin Woo et Yoo Hye Sook.
Les œuvres présentées s’appuient sur des matériaux également présents dans la calligraphie coréenne, comme le charbon, pour l'encre, et le papier traditionnel coréen le hanji (한지). Ces matériaux sont au cœur des pratiques traditionnelles, que les artistes contemporains continuent d’explorer aujourd’hui.
단색화 ~ Dansaekhwa : peinture monochrome coréenne
L’art coréen contemporain est souvent associé en Europe au mouvement Dansaekhwa, apparu dans les années 1970. Ce courant, dont le nom signifie « peinture monochrome », met l’accent sur l’épure, la répétition et le travail de la matière.
Bien que le Dansaekhwa ne reflète pas l’ensemble des pratiques artistiques coréennes, il a contribué à diffuser une attention particulière portée aux surfaces, aux textures et aux variations subtiles au sein d’une palette restreinte.
Les artistes présentés dans cette exposition s’inscrivent en partie dans cette continuité, notamment à travers leur choix du noir et blanc, qui instaure un rapport entre forme et fond proche de celui observé dans la calligraphie.
Yoon Hee, entre peinture et performance
Connue principalement pour ses sculptures, Yoon Hee développe aussi une pratique picturale. À partir de 1997, elle abandonne le pastel pour utiliser des pigments noirs mélangés à de la résine acrylique. Elle les applique directement sur le support, mais privilégie souvent la projection ou les coulures. Ses œuvres traduisent ainsi un geste rapide, proche de la performance.
Lee Bae, le charbon comme matériau et surface
Depuis les années 1990, Lee Bae travaille autour du charbon. Il assemble des morceaux qu’il ponce ensuite, jusqu’à obtenir des surfaces où se mêlent zones mates et zones brillantes. Ce travail met en valeur les propriétés visuelles du charbon. Ce matériau renvoie également à des usages quotidiens en Corée et présente des liens avec l’encre, fabriquée à partir de suie.
Lee Jin Woo, la superposition du hanji et du charbon
Lee Jin Woo utilise des matériaux qu’il associe à la Corée, notamment le charbon et le hanji (한지), papier traditionnel coréen. Il superpose plusieurs couches de papier, qu’il rigidifie, puis ajoute du charbon. Il retravaille ensuite la surface en l’usant progressivement, avant de répéter le processus. Ce travail crée des surfaces marquées par l’accumulation et la transformation.
Yoo Hye Sook, la répétition
Yoo Hye Sook développe une pratique du dessin basée sur la répétition. Après avoir travaillé sur des objets, elle se concentre à partir de 2000 sur la représentation de cheveux. Ses œuvres combinent peinture acrylique noire et travail au graphite, qui permet de restituer les volumes et les textures avec précision.
Exposition présentée à l’été 2023 au Musée Cernuschi. Plus d’informations sur le site officiel.
Immersion dans le noir
Le choix du noir et blanc est commun à ces quatre artistes. Cette limitation de la couleur met en avant les relations entre matière, geste et surface. Elle crée également un rapport visuel entre le fond et la forme qui peut rappeler certaines caractéristiques de la calligraphie.
Ce travail du noir fait aussi écho à celui de l’encre, utilisée en calligraphie. Qu’elle soit en bâton ou déjà liquide, elle repose sur les mêmes principes : le geste, la matière et les nuances du noir.